Du millieu des années cinquante à la fin des années soixante dix, le rock'n'roll fut pour la jeunesse occidentaleun fantastique moyen d'expression au travers duquel elle fit part de sa révolte, de ses attentes et de sa vision du monde. Il va sans dire que le rock'n'roll contribua a faire voler en éclats les valeurs et la morale rigides qui sévissaient à cette époque. Le parrallèle avec Rimbaud est presque évident car quelles étaient les mots clés de ces décennies ? Révolution, amour, liberté, sexe, drogues, un véritable programme rimbaldien en somme... sex and drugs and poetry.
C'est aux états unis vers le millieu des années cinquante que le
rock and roll voit le jour.
Son effet sur la jeunesse américaine est sans précédent et
il est immédiatement adopté par des millions de teenagers.
Il est revendiqué au travers d'une attitude et d'un code vestimentaire
rapidement mal vu par les parents et par l'amérique bien pensante.
Les idoles du rock se nomment Chuck Berry, Gene Vincent, Elvis Presley ou encore
Buddy Holy et, bien que les textes de leurs chansons soit assez simplistes,
la musique est excitante, provocante et enflamme les jeunes esprits.
Le cinéma s'empare du phénomène en mettant l'accent sur la
révolte et le mal être.
Dans La fureur de vivre, James Dean incarne un
adolescent rebel perdu entre ses parents qui ne le comprennent pas et une
société qui le rejette. On ne peut s'empêcher de penser
au jeune Rimbaud un siècle plus tôt, coincé entre
l'autorité maternelle rigide et les mesquines pelouses de
Charleville, multipliant les fugues et rêvant d'absolu.
Dans les années soixantes une nouvelle vague de musiciens comme les
Beatles, Bob Dylan ou les Doors vont commencer à intégrer dans
leurs chansons des textes plus profonds. Ceux-ci, mélangés aux
accents rock contenus dans la musique vont donner naissance à une
nouvelle forme de poésie. Bob Dylan, grand admirateur de Rimbaud, sera
l'un des précurseurs. Sa façon d'aborder des thèmes
délicats sous un angle poétique prouve au monde que le rock n'est
pas qu'une musique bruyante et simpliste mais peu aussi soulever de vrai
questions et les traîter avec profondeur et sensibilité.
Dylan n'est pas le seul à apprécier l'homme aux semelles de
vent, le mouvement hippie qui émmerge vers les années 66,67
voit en lui un autentique "freak", et sa poésie du voyage ne peut
qu'enchanter les beatniks partant en masse "faire la route" du coté de
Katmandu. Les adeptes des drogues psychédélique (LSD,
mescaline etc...) trés en vogue à l'époque, parlent
d'ouverture de conscience et de révélations, et beaucoup
d'artistes s'inspirent des visions provoquées par ces drogues.
Cette démarche n'est pas sans rappeler celle décrite par Rimbaud
dans les lettres du voyant.
Vers la fin des années soixantes un vent de révolution souffle sur
le monde. Que ce soit les Rolling Stones qui prônent une sexualité
sans tabous ou Jim Morrison et les Doors qui veulent le monde "maintenant", le
rock est plus que jamais le reflet des aspirations de tout une
génération. Amour libre, rejet des vieilles valeurs, refus de
l'autorité parentale, la jeunesse est bien décidé à
tout remettre en question... "l'amour est à réinventer on
le sait".
Au millieu des années soixante dix, un nouveau courant musical voit le
jour dans le club new-yorkais le CBGB's.
De jeunes musiciens y jouent un rock brute et sans concession en réponse
au 'vétérans" du rock qui commence à s'assagir et à
s'embourgeoiser. On croise au CBGB's des groupe comme the Ramones, Television,
Blondie ou encore Patti Smith, véritable adoratrice de Rimbaud qu'elle
cite abondamment dans ses chansons.
Pourtant, ce n'est pas à New York que va exploser cette rebéllion
électrique mais à Londres avec l'arrivé des Sex Pistols,
ce qui va donner naissance au mouvement punk. Ici l'outrage et la provocation
atteignent leurs paroxysmes, la musique est violente et aggressive, les texte
sont provoquants parfois même insultants et "no futur" reste le mot
d'ordre.
Bien que Rimbaud n'a jamais été un nihiliste, il n'est pas en
reste en ce qui concerne la provocation et peut être
considéré comme le premier véritable punk. De sa tenue
vestimentaire à son attitude provocante, tout chez lui était
destiné à choquer et il n'a rien a envier aux punks des
années soixante dix.
On ne peut pas dire que le rock a été trés florissant dans
la patrie de Rimbaud. Bien sûr de nombreux groupes ont
émergés mais n'ont jamais atteints (à tous les niveaux) la
dimension de leurs homologues anglais et américains.
En France à cette époque, pour trouver une musique qui
véhicule un message fort et poétique il faut se tourner vers la
chanson dite "à texte". Brassens, Brel, Gainsbourg, Barbara sont tous
féru de poésie et connaissent trés bien celle du
poète ardennais. Toutefois, le plus sensible à la poésie
du jeune voyant reste évidemment Léo Férré qui a
d'ailleur mis plusieurs de ses poèmes (ainsi que ceux de Verlaine)
en musique.