Une grande partie de la correspondance de Rimbaud a pu parvenir jusqu'à nous, grâce à ces lettres nous pouvont plus facilement retracer les étapes de sa vie et les remettres dans leurs contexte d'origine, cependant, elles ne détiennent pas seulement des informations chronologiques ou historiques, certaines nous éclairent sur l'évolution et la démarche poétique de Rimbaud, notamment les deux lettres adressées à Théodore de Banville, dans la première on découvre un Rimbaud humble et admiratif envers son ainé, la deuxième est déjà beaucoup plus impertinente et témoigne du désir de se détacher des formes poétiques académiques.
Les plus importantes sont evidemment les lettres
dites "du voyant" adressées respectivement à
Georges Izambard
et à Paul
Demeny, dans celles-ci Rimbaud fait part de son "programme" poétique
et le décrit dans des formules passées aujourd'hui à la
postérité tel que, "je dis qu'il faut être voyant, se
faire voyant, par un long immense et raisonné dérèglement
de tous les sens." ou "je est un autre.", formules qui
inspirerons plusieurs générations d'artistes en tous genre.
Pour Rimbaud la recherche poétique est semblable au processus alchimique
sauf que l'objet d'étude n'est pas le métal ou la poésie
mais bien le poète lui-même , ou plus exactement son âme,
toutes formes de souffrances et de folies sont des voies de la connaissance de
soi grâce à laquelle le poète accède à
l'inconnu et à la voyance, "[...] et quand, affolé, il
finirait par perdre l'intelligence de ses visions, il les a vues [...] Si ce
qu'il rapporte de là-bas a forme, il donne forme; si c'est informe, il
donne de l'informe [...]".
On retrouve ici le rite chamanique des indiens où le sorcier,
aprés avoir absorbé des substances hallucinogènes, entre
en transe et communique avec les esprits pour ensuite faire part de leurs
messages à la tribu. Rimbaud quand à lui donne à cette
entreprise une connotation prométhéenne, "Donc le
poète est vraiment voleur de feu." et se sent prêt à
courir tous les risques pour accéder à la voyance.